Mesylab
Diagnostic et anticipation des changements d’usages relatifs à l’information géographique
L’information géographique, qu’elle soit sous forme papier ou informatisée, est de plus en plus utilisée par les acteurs d’un territoire, organisations publiques ou privées. Dans ce cadre, le Département de la Géomatique du Service Public de Wallonie avait besoin de :
- Faire un état des lieux des pratiques existantes pour les intégrer et les coordonner,
- Rapprocher les outils et données produites des attentes et besoins des utilisateurs,
- Arriver à un accord pour normaliser la production de l’information géographique afin de pouvoir comparer et intégrer les données entre elles.
L’outil Mesydel a été utilisé pour une enquête en deux tours auprès des acteurs concernés : entreprises et organisations publiques.
- Aide à la décision dans le contexte d’un secteur en forte évolution
- Harmonisation et normalisation des méthodes entre acteurs très variés
- Sensibilisation de la société wallonne aux atouts de la géomatique
- Sondage de la dimension participative des approches géomatiques
Voir la vidéo du projet : L’ULg au service de la géomatique wallonne.
Le commanditaire
Le Département de la Géomatique est un service du Service Public de Wallonie (SPW), l’administration centrale de la Région wallonne (Belgique). Il représente la Wallonie au niveau régional, interrégional, national et international dans les domaines techniques relatifs à l’information géographique. Il est le coordinateur principal des communautés d’utilisateurs et s’occupe notamment de formations, sensibilisations, projets de recherche, journées d’études, etc. Au sein de ce département, la Direction de l’Intégration des Géodonnées (DIG) s’occupe plus spécifiquement de la mise en oeuvre de la directive européenne Inspire et du décret relatif à l’infrastructure d’information géographique wallonne. La DIG assure la diffusion des données, promeut le rôle de la géomatique dans les processus décisionnels et coordonne la production et l’utilisation des données et outils à composante géographique.
Contexte
Le secteur de la géomatique en pleine expansion a profondément modifié les pratiques des acteurs, qu’ils soient publics ou privés. Les usages sont en forte évolution et chacun développe des modes de fonctionnement et des outils propres, qu’il importe d’harmoniser. L’information géographique est de plus en plus utilisée, et les nouveaux outils d’acquisition et de traitement posent de nouveaux enjeux techniques, à la fois au niveau de l’intégration de bases de données disparates et au niveau de la qualité de l’information traitée (actualisation en temps réel, précision des données, etc).
Dès l’adoption du Décret relatif à l’infrastructure d’information géographique wallonne, dit “InfraSIG” du 22 décembre 2010, la Région wallonne s’est engagée dans le développement des outils nécessaires à la transition géomatique. Dans ce cadre, le Service Public de Wallonie a souhaité développer un Plan stratégique pour la géomatique wallonne qui vise à opérationnaliser le Décret InfraSIG. La conception de ce plan faisait face à trois principaux défis :
- Coordonner un ensemble d’acteurs très disparates : il fallait un diagnostic clair des acteurs de la géomatique, de la façon dont ils fonctionnent et de leurs attentes vis-à-vis des outils développés par le Département.
- Accorder et optimiser des pratiques en grande évolution : en effet, de nombreux problèmes ou ralentissements sont liés à des données géographiques imprécises, mal utilisées ou sous-exploitées. Le SPW souhaitait donc développer des dispositifs techniques pour opérationnaliser la coordination et la diffusion de ces informations.
- Normaliser l’information produite dans un objectif d’intégration : en raison de la disparité des modes de production et des supports (papiers, logiciels) utilisés, les bases de données sont difficilement intégrables. L’objectif était donc double : s’accorder sur une façon de structurer l’information ; et s’assurer que les outils et pratiques de chacun soient reconnus et intégrés par la nouvelle structure.
L’intervention de Mesydel
La consultation a pris la forme d’une enquête qualitative en deux tours, un premier tour en mai 2013 et un second tour en juin 2013. L’intervention de Mesydel s’est déroulée en 5 grandes étapes :
- Identification du panel : 1100 personnes ont été invitées, et 385 répondants ont finalement été impliqués, soit un taux de participation de 35%. Les répondants étaient issus d’horizons très variés : Service public de wallonie (SPW), Communes, Organismes d’intérêt public, Particuliers, Bureaux d’étude, Entreprises, Établissements d’enseignement et/ou de recherche, Police, Provinces, Service public fédéral (SPF), Associations, Entreprises publiques et Communauté française.
- Définition de la stratégie d’enquête : les questions ouvertes ont principalement été utilisées avec l’objectif d’un traitement qualitatif. L’anonymat a permis à chacune des parties prenantes de ce secteur d’être entendue et de donner librement un avis. La consultation a ainsi permis de sonder à la fois des producteurs et des usagers de l’information géographique, des acteurs traditionnels du secteur et des acteurs nouveaux ou potentiels.
- Premier tour de questionnaire : il a donné lieu à une première collecte assez large des opinions pour valider ou infirmer les hypothèses préalables. Il a également permis de mettre en lumière ce qui fonctionnait bien dans les outils et pratiques en cours et ce qui restait à améliorer.
- Second tour de questionnaire : le second tour a été utilisé pour creuser les points problématiques ou mal documentés qui étaient ressortis lors du premier tour. Des aspects plus techniques ont été abordés avec les participants, notamment sur les justifications de leurs pratiques, ou sur la dimension participative des outils, c’est-à-dire la manière dont chacun s’approprie les outils et s’implique dans la production et l’analyse de l’information géographique.
- Synthèse finale : les informations recueillies auprès du panel de participants ont servi de support pour la construction d’un état des lieux et des grandes lignes d’action pour le Plan Stratégique du Département de Géomatique.
Résultats obtenus
L’enquête a permis d’approcher de très près les utilisateurs d’outils et de données géographiques en Région wallonne, d’obtenir une vue précise des principaux enjeux que supposent leurs usages et de co-construire une ligne stratégique pour la coordination d’un secteur en forte évolution.
- État des lieux de l’hétérogénéité des acteurs, des outils et des usages en matière de géomatique. Certaines fractures ont été identifiées, entre types d’usagers et entre territoires. Une typologie a ainsi pu être dégagée en fonction de la manière dont les acteurs utilisent l’information géographique. Les analyses qualitatives permettent d’approcher de façon fine les usagers, de comprendre et de justifier leurs choix et leurs besoins : plus ou moins fortes compétences, stratégies de bricolage et jeux entre différents outils, facilité d’accès à certaines bases de données, etc. Des recommandations ont pu être fournies sur cette base pour redéfinir les objectifs du Géoportail de la Wallonie, site de l’information géographique wallonne, afin de mieux le lier à ces publics cibles clairement définis.
- Identification des priorités pour le futur développement de la stratégie géomatique wallonne et, en particulier, pour son opérationnalisation. Les attentes des utilisateurs ont été mises en évidence, à la fois au niveau des données en elles-mêmes que des procédés et outils techniques relatifs à leur production et leur traitement.
- Définition d’une stratégie logicielle. La consultation a mis en lumière ce qui fonctionnait bien dans les pratiques existantes et la complémentarité des outils afin de les valoriser. Elle a permis de repérer des points à améliorer et de creuser la question du passage à l’Open Source par rapport aux solutions propriétaires, directement avec les acteurs concernés. La question du surdimensionnement des outils a été documentée par rapport aux différents profils et aux différentes attentes des acteurs. Les résultats de l’enquête sont des préalables précieux pour la rédaction d’une véritable politique logicielle à l’échelle de la Wallonie ayant pour objectif de rendre plus accessible la géomatique.
- Définition d’une stratégie pour la normalisation et l’intégration des géodonnées. Les modalités de participation dans la construction des données (crowd-sourcing) ont été évaluées. Plusieurs aspects très techniques ont été abordés avec les participants, notamment à propos du juste équilibre entre qualité et disponibilité des données, de l’importance des méta-données dans les prises de décision et du phénomène de rareté des données qui avait lieu dans certains cas précis. Une structure de classification et d’organisation des données a ainsi émergé, basée sur l’usage (analytique, légale, réalité) qu’en font et qu’en feront les acteurs impliqués.
Contact
Références
Fallon, C. et Calay, V. La participation des usagers comme levier de l’innovation dans les services publics : le cas de la géomatique wallonne. Pyramides, 2016, 26/27, pp.231–254, http://pyramides.revues.org/1014.